le théâtre du vent

 

LE THEATRE DU VENT

Je regarde par la fenêtre

Il est tard, j’avais la tête

Ailleurs, pendant des heures

Depuis ce matin même

Où j’ai bien cru que mon réveil

M’avait sorti des vapeurs

Du sommeil

Mais quelle erreur, à peine levé

J’ai plongé dans le rêve éveillé

De la vie, de la ville

Du trouves toi un métier

Du fonces tête baissée

Brasse de l’air pour exister

Y a eu le métro, y a eu l’arrêt

Y a eu la pluie, y a eu le chaos

Dans le caddie au supermarché

Y a des billets de monopoly

Qui ont valsés comme des feuilles mortes

Mais qui ont atterri dans des poches

Déjà bourrées, pleines à craquer

Gavées jusqu’à la nausée

J’ai marché sur les trottoirs

Croisé du vide et des trous noirs

Dans les regards morts de ne rien voir

J’ai vu des corps, j’ai vu le décor

Où se traînent à peine vivants

Les gens

C’est un cauchemar qui dure

Et c’est bizarre comme on endure

Bravement la vie fade comme le vent

Et on nous vend

A chaque instant

Des paquets d’air, des sacs de rien

J’en veux j’en veux

Paraîtrait même que j’en ai besoin

Mais on nous crache dans les mains

Sourie quand même et dit merci

T’achètes ton rêve de pacotille

C’est plein de couleurs, chaud au cœur

Et puis ça éloigne les soucis

Allez ce soir devant ta télé

Tu pourras finir ta journée

Au garde à vous comme un soldat

A qui on a coupé les bras

Tu pourras même pas zapper

Manges manges ton rêve télévisé

Et regarde autour de toi…

 

C’est le théâtre du vent

C’est la grande illusion

C’est la représentation

Du spectacle des vivants

 

Je regarde par la fenêtre

Les voitures, les gyrophares

Les petits points noirs qui baissent la tête

Et la pluie froide sous les baskets

Y a pas un arbre qui soit vert

Pas un visage qui soit ouvert

Y a que des portes en acier

Assez blindées pour pas laisser

Un bruit un rire s’échapper

On sait jamais, ça peut gêner

L’ordre public et les voisins

Ou bien le chien de ta grand-mère

Qui a chié par terre mais ça fait rien

De toute façon l’odeur infecte

Celle qui attire les insectes

Elle vient des pots d’échappement

Et des usines d’assainissement

Des eaux usées, lessivées

Qui ont plus le goût même de s’écouler

Moi depuis ce matin je regarde tout ça

Et j’hallucine et je comprends pas

Et j’ouvre les yeux et je les referme

Et rien ne change, c’est la même

Comédie débile qui se démène

Dans le ciel y a des tours de béton

Par terre des hommes dans des cartons

Et partout des gens très pressés

A pied ou en jet privé

Ou même à cheval sur des balais

Pressé d’avancer d’avancer

Vers un mur en acier trempé

Allez foncez

Moi j’attends debout à ma fenêtre

Que quelqu’un crie « allez, on arrête

Maintenant on ferme le rideau

Vous pouvez jeter des tomates

Sur les acteurs un peu idiots

Qui ont oublié le théâtre

Et les décors en carton pâte

Ils sont devenus leur personnage

Même planqués sous leur maquillage

Et leurs pauvres déguisements

Ils ont pris pour argent comptant

Cette pièce débile à deux balles

Allez on ferme

N’oubliez rien dans la salle

Et fermez la porte en sortant. »

 

C’est le théâtre du vent

C’est la grande illusion

C’est la représentation

Du spectacle des vivants

 

 

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Dernière mise à jour de cette page le 13/06/2008

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