les aveugles aux yeux clairs

 

LE LIVRE DES

AVEUGLES AUX YEUX CLAIRS

 

 

 

 

Il faisait blanc ce jour là. Le ciel ne parvenait pas à se désassortir de la neige, qui depuis quelques temps recouvrait tout, les toits, les trottoirs, et faisait ressembler la ville à une photo en noir et blanc.

Elvie arpentait les allées de la bibliothèque municipale à la recherche d'elle ne savait trop quoi. Un roman, une histoire d'amour, peut-être, ou d'aventure, un livre qui lui permettrait de s'échapper pour quelques heures de son petit appartement, de sa petite vie. Il y avait tant à oublier. Le froid, la solitude, et les remarques acerbes de ses parents sur ses échecs répétés pour trouver du travail. Pas vraiment des échecs, d'ailleurs, puisqu'elle ne cherchait pas, et ça depuis longtemps. Le travail, elle avait testé. Tout et n'importe quoi. Et puis elle avait décidé que non, ça n'était pas pour elle. Au bout de quelques semaines au rythme du fast food, de l'entreprise où elle disait bonjour-au revoir toute la journée aux gens qui se présentaient à l'accueil, ou des portes qui lui claquaient au nez dès qu'elle proposait sa collection d'encyclopédies...elle commençait à se sentir comme une sorte de fantôme, un zombie. Elle se sentait hypnotisée. C'était comme si tout ce temps passé à des activités débiles mangeait sa vie, la suçait de sa substance, et laissait Elvie complètement vide, hébétée, l'encéphalogramme plat. A peine avait elle pour vivre le temps de s'affaler devant la télé, pour ensuite aller se coucher, l'esprit plus vide encore. Alors non, plus de travail, ça n'était pas ça, la vie. On lui jetait tout les mois quelques euros en guise de RMI et ça lui suffisait. Le problème, c'était surtout cette horrible question qu'on lui posait parfois: « Et alors, qu'est-ce que vous faites dans la vie? » Et sa réponse: « Rien. » Elle pouvait bien dire: « J'existe, tout simplement. » Mais ce n'était pas une réponse acceptable. Et puis Elvie commençait à se demander si vraiment elle existait. Parce que si le travail, ça n'était pas une vie, rester seule dans un petit appartement glacial, à regarder les heures couler, ça n'était pas une vie non plus.

Elvie n'avait pas vraiment d'amis, elle n'avait pas la télé, seulement une radio qui ne marchait que quand elle le voulait bien, alors en ce matin neigeux de janvier, elle avait eu l'envie subite de lire. Ca lui était même apparu comme une urgence. Ca faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas ouvert un livre, mais soudain, l'idée de tous ces mots alignés qui auraient le pouvoir de l'emmener ailleurs, loin, bien loin de ses quatre murs gris, l'avaient sortie de son lit et poussée presque à courir jusqu'à la bibliothèque.

 

Il y avait tant de livres, ici. Beaucoup trop. Et impossible de différencier ceux qui satisferaient son désir d'évasion de ceux qui l'ennuieraient à mourir. Elle s'était arrêtée devant un ouvrage intitulé « Le grand voyage ». Ca promettait, mais elle s'était rendue compte que le livre parlait d'un voyage en train en direction des camps de concentration. Alors non, pas là, pas aujourd'hui, ce genre d'histoire. Elle voulait rêver, pas pleurer.

Et puis, au détour d'une allée, un truc bizarre s'est passé. Alors qu'elle regardait distraitement les titres des ouvrages alignés, bien rangés sur leurs étagères, l'un d'eux, comme ça, sans raison apparente, est tombé à ses pieds. Elle s'est baissée pour le ramasser. C'était un petit livre, tout fin, avec une couverture faite d'une sorte de carton, presque artinasale. « Le livre des aveugles aux yeux clairs ». Drôle de titre, a-t-elle pensé. Sur la quatrième de couverture, on pouvait seulement lire : Ceux qui parlent la langue des oiseaux sauront comprendre ces mots. Elle qui, au lycée, avait déjà des notes minables en anglais, la langue des oiseaux, elle était bien sûre qu'elle ne la parlait pas et qu'elle n'avait aucune envie de l'apprendre. Enfin c'était quand même étrange, cette histoire de langue des oiseaux, et, intriguée, elle a ouvert le livre. Les premiers mots disaient: Il te faudra entendre derrière les lignes le silence qui dort en toi et cherche l'aube depuis des temps. Depuis des temps, elle vit, l'aube, et attend. C'était bien nébuleux pour Elvie. Elle se dit que ça devait être un genre de truc philosophique, mêlé d'un langage pseudo poétique et que ça n'était pas du tout ce qu'elle recherchait. Elle reposa le livre et se dirigea vers un rayon qui lui paraissait plus adapté, où de jolies images de couchers de soleil et de couples enlacés ornaient les couvertures.

« Un amour aveugle », « Pour les yeux de Laura », « Voyage au clair de Lune », « Le language du coeur », « L'île aux oiseaux »...Pourquoi tous ces titres la ramenaient-ils à ce petit livre cartonné? Elvie essaya de ne pas y prêter attention et feuilleta les quelques ouvrages. Mais vraiment, trop de mièvrerie, d'histoires d'amour qui se passent trop bien et de voyages dans des lieux si paradisiaques qu'ils en deviennent ridicules, ça lui provoquait une sorte d'écoeurement, à la limite de la nausée. Du rêve, d'accord, mais pas du rêve à deux euros vingt pour adolescentes décervelées, ou pour femmes au foyer abruties par les Feux de l'amour.

Elvie tourna encore un long moment à travers les rayonnages de la bibliothèque sans rien trouver d'enthousiasmant. Un peu par hasard, elle se retrouva à nouveau devant la rangée où se trouvait l'étrange petit livre. Elle l'avait pourtant bien replacé au milieu des autres, mais il était à présent dans un équilibre précaire sur l'étagère, prêt à tomber à nouveau à ses pieds. Lasse d'errer sans fin dans cette bibliothèque, elle saisit le livre et se décida à le parcourir un peu plus longuement. Peut-être s'avérerait-il passionnant, après tout. En tout cas il pourrait l'occuper un moment.

Elle s'assit à une table isolée, près d'une fenêtre et d'un radiateur. Idéal. Le silence feutré de la bibliothèque était doux et la neige au dehors illuminait la table en faux bois vernis.

Chapitre I : Entrouverture du voile

Voici l'histoire, la légende qui prendra corps, de l'aveugle aux yeux d'or.

Il était un homme aveugle, qui ne voyait pas qu'il était un enfant. Devenu grand par sa taille, il oubliait ses langes, blanches, qui l'entouraient de douceur. Et sa fange, les langes zélés la changeaient en nuages, en neige immaculée.

L'enfant au corps géant vivait seul dans sa grange. Aveugle, il ne croyait qu'à l'obscurité. Pourtant des cierges, bougies et lampes à génies, illuminaient jour et nuit l'abri étrange de l'homme aux langes. Et seul il n'était pas, car des mésanges, poussées par le vent du nord Eole, survolaient par milliers la grange à grains de l'homme aux yeux éteints.

Pourtant un jour, qui pour l'homme semblait une nuit, un rayon de lumière vint déposer sous ses paupières deux yeux d'or. Alors soudain l'homme vit sa demeure, et l'homme vit la clarté. Alors son monde devint peuplé, peuplé d'oiseaux chantant les temps nouveaux. Et l'homme su en son coeur qu'il était un enfant. Un enfant choyé, car autour de sa grange se trouvaient des prés, des fleurs, et enchantées, ses langes devinrent présences, voix qui lui offrirent ce choix: devenir un homme enfin.

 

Pas tout compris, murmura Elvie, une fois la lecture du chapitre terminée. Mais c'est joli, pensa-t-elle. Ca fait un peu chaud dans le coeur, ça donne envie d'aller marcher dans la neige, tiens.

Elle présenta sa carte à la bibliothécaire et sortit, son livre sous le bras.

 

Elle s'amusa un long moment sur les trottoirs à poser ses pas dans les endroits où la neige était encore vierge. Tant pis pour ses vieilles Kikker's. Elles tenaient le coup depuis des années, ce n'était pas un peu de neige qui allait les tuer.

Quand Elvie rentra chez elle, elle trouva qu'il ne faisait pas si froid, après tout, et qu'un peu de rangement rendrait son petit appartement un peu plus gai. Elle passa sa journée à ramasser les vêtements et autres objets qui jonchaient le sol. Elle retrouva, au fond du placard sous l'évier, une bouteille d'eau de Javel qui n'avait jamais été utilisée et elle frotta, récura le sol, le dessus des meubles, l'évier, la cuisinière. Avec un peu d'eau et du savon, elle fit briller les miroirs, et s'aperçut avec étonnement que les vitres de ses fenêtres n'étaient en fait pas teintées, mais seulement couvertes de saleté.

Tout paraissait plus clair, maintenant, plus chaleureux.

A la nuit tombée, Elvie était épuisée, mais contente de sa journée. Elle s'avachit sur son lit et rouvrit le livre.

Chapitre II : Une lueur transperce le voile

Voici l'histoire, le secret bientôt découvert, du dormeur aux yeux ouverts.

Il était un homme que rien ni personne ne pouvait réveiller. Il dormait depuis des années, dans un grand lit de bois, sous des draps fleuris, flétris par le temps et l'oubli. Sa famille avait depuis longtemps cessé de venir se rassembler à son chevet pour y pleurer. Il dort, sans remord, disaient-ils, son absence nous mord, mais que faire encore, il dort et c'est son sort.

Et l'homme, durant son sommeil de pierre, rêvait. Il rêvait une vie pleine de lumière, de couleurs, une vie plus belle et plus vraie que celle que lui avait offert la réalité. Son rêve était sa nouvelle réalité.

Un jour, dans son sommeil, l'homme soudain pressentit la présence près de lui d'un enfant, son enfant. Et alors, toujours plongé dans son rêve, mais conscient du fils à son côté, il prononça à voix haute ces quelques mots: ne pleures pas, fils, car ça n'est pas moi qui dort. Ton monde est bien plus endormi que je ne le suis. Et un jour, toi aussi tu allongeras ton corps, et nous nous rejoindrons dans mon rêve, dans le grand rêve éveillé du monde oublié.

L'enfant, surpris et ravi, courut à travers le village en criant à tous les vents: Le père a dit! Le père a dit! Le père a dit qu'en son sommeil il vit, et qu'un jour nous serons réunis!

Et l'homme endormi sourit.

 

Le lendemain matin, Elvie s'éveilla avec une drôle de sensation. Il lui semblait avoir fait un long rêve, un de ces longs rêves épuisants qui n'en finissent pas. Elle ne s'en souvenait pas vraiment, mais quelques bribes lui revenaient par instants, dans des flashs si brefs qu'elle avait à peine le temps d'identifier quoi que ce soit. Sa grand-mère, ça elle en était sûre, était dans son rêve. C'était étonnant, vu qu'elle la connaissait à peine et ne l'avait pas revue depuis qu'elle avait peut-être cinq ou six ans. C'était le jour de l'enterrement de la tante Evelyne, et puis plus rien. Même ses parents étaient sans nouvelles depuis longtemps. Des histoires qu'elle n'était pas en âge de comprendre à l'époque avaient brouillées pour toujours la grand-mère d'Elvie d'avec son père. Et même alors qu'elle approchait de ses vingt huit ans, il semblait qu'Elvie, pour ses parents, n'était toujours pas en âge de comprendre. Impossible de parler avec sa famille de mémé, impossible même de savoir ce qui s'était passé. Elle s'en fichait bien, Elvie, de cette aïeule qu'elle ne connaissait pas, et qui dans son esprit n'était qu'une sorte de fantôme sans visage, sans odeur, sans voix. Ce qui lui parut étrange, c'est que dans son rêve, par contre, la grand-mère, elle l'avait reconnue sans hésitations. Et même maintenant qu'elle était réveillée, elle pouvait se souvenir de ses traits, de sa silhouette, et de la sensation de ses vieilles mains dans les siennes. En se replongeant dans les souvenirs de cette nuit, elle se rappela que ce rêve était agréable, très doux, et que mémé lui avait parlé, l'avait prise tout contre elle, comme une vraie grand-mère le fait avec sa petite fille, comme si elles s'étaient toujours connues et aimées. Il s'était aussi passé des tas d'autres choses, dans ce rêve, mais seule l'image et la tendresse de la grand-mère lui revenaient.

Toute la journée, Elvie fut hantée par ces images et ces sensations. Elle se décida à appeler ses parents. Elle ne savait pas trop quoi leur dire, et elle s'attendait bien sûr au silence habituel qui entourait la grand-mère, mais elle voulait en parler. Essayer, du moins.

Elle composa le numéro et tomba sur sa mère.

  • Maman...Tu sais, la mémé...Est-ce qu'elle habite toujours à Marigny?

  • ...

  • La mémé Luce...

  • Ah, eh ben...En fait, je crois que jusqu'à il y a peu de temps, oui. Je suis pas sûre, je crois...

  • Jusqu'à il y a peu de temps? Elle est où, maintenant?

  • Mais qu'est-ce qui te prends, avec mémé Luce? Tu veux quand même pas aller la voir?

  • Non, je sais pas...Je voulais juste savoir. Elle est où, maintenant, elle a déménagé?

  • En quelque sorte, oui. Elle est morte le mois dernier. On l'a su par le journal. Même ton oncle Serge n'a pas pris la peine de prévenir ton père! Alors laisse tomber, avec mémé Luce, elle nous a causé bien assez de soucis comme ça.

 

Mémé Luce était morte, bon. Hier encore, ça ne lui aurait fait ni chaud ni froid. Aujourd'hui, ça lui faisait plutôt froid. Elvie ne savait pas ce que cette grand-mère avait pu faire à ses parents, mais dans son rêve, elle était douce et gentille comme une vraie mémé. Enfin ce n'était qu'un rêve après tout. Et peut-être que mémé Luce ne ressemblait pas du tout à ce qu'elle avait rêvé. Dans le doute, Elvie sortit une vieille boîte en carton, où se mêlaient les clichés de ses dernières vacances au ski, ses photos de classe, et puis aussi quelques très anciennes photos de ses parents jeunes, petits, même, des photos du temps d'avant qu'elle naisse. Elle ne les regardait jamais, quel intérêt? Ces jeunes gens, ces bébés aux grosses joues ne pouvaient pas être ses parents. Est-ce qu'elle pouvait imaginer son père babiller et salir ses couches? Est-ce qu'elle pouvait se représenter sa mère, jouant à la marelle et se faisant taper sur les doigts par sa maîtresse d'école? Non, tout ceci appartenait à un passé si lointain qu'il semblait n'avoir jamais existé. Pourtant, quelque part sur ces clichés jaunis, se trouvait peut-être la mémé Luce.

Elle fouilla un moment, ne jetant pas même un oeil sur les photos de classe, toutes à peu de choses près semblables, et ne lui rappelant pas de très bons souvenirs. Elle finit enfin par tomber sur une de ces photos prises au polaroïd, aux tons saturés de rouge. Derrière son père en pantalon pattes d'eph, se tenait, toute en rondeur, souriante et le regard plein de douceur, la mémé Luce. Pareille en tous points, jusque dans son expression joviale et bienveillante, à cette vieille dame qu'elle avait vue en rêve. Seulement quelques années et quelques rides en moins. Mémé Luce...Ca lui aurait fait du bien, à Elvie, d'avoir une gentille grand-mère qui lui aurait appris des tas de choses inutiles, du genre planter des tomates, apprendre le nom des fleurs et des arbres, faire du flan aux poires...

 

Chapitre III : Une brèche dans le voile

Voici l'histoire, réelle et grave, du peuple de la cave.

Il était un peuple qui vivait sous la terre, dans une petite, toute petite cave. Mais les hommes étaient nombreux, c'est pourquoi ils nommaient leur ville la Dense Cité. Ce peuple, depuis toujours enfermé, ne savait pas qu'il habitait une cave, et croyait dur comme la pierre que le monde entier se trouvait là, dans ce petit lieu d'obscurité. Ces hommes faits comme des rats, ne voyaient rien au delà. Leurs yeux habitués depuis des éternités au noir, aux quatre murs infranchissables, avaient oublié la porte, la clé, qui se dressaient là, sans jamais en bouger, aux abords de la Dense Cité.

Pourtant derrière la porte, un univers sans limite, grouillant d'innombrables vies, s'ébattait dans l'infini. Mais le peuple de la cave ne voyait pas, ne croyait pas, et dans sa geôle se sentait seul, seul mais unique, seul mais bien protégé par ses murs de briques, seul au monde et triste, mais le monde du peuple de la cave était plat, net, palpable, et pour ces hommes, seul un cube aux dures facettes pouvait prendre place dans leur tête.

 

Elvie referma le livre, regarda autour d'elle, et se dit qu'elle aussi vivait dans un tout petit cube. Sauf qu'elle, elle savait bien qu'au delà se trouvait une vie, des gens, tout un monde. Un monde auquel elle ne se sentait presque plus appartenir.

Elle enfila son manteau et sortit. Elle avait besoin d'air. Un peu hagarde, elle marcha dans les rues, tête baissée comme à son habitude. Puis, peu à peu, relevant les yeux, elle vit des centaines, des milliers de cubes. Tous ces immeubles, ces appartements, que de murs entre les gens! Elle s'assit sur le siège d'un abribus et se mit à regarder, à regarder vraiment. Chaque passant était un cube à lui tout seul. Un petit monde fermé. Rien qu'à voir leur regard tourné vers l'intérieur, éteints à tout ce qui les entouraient, on pouvait presque sentir des parois invisibles autour des gens.

Et le monde tout entier était cloîtré entre quatre murs. L'histoire, cette fois-ci, Elvie l'avait bien comprise. Mais où se trouvait la porte? Où se trouvait la clé? Et puis qu'est-ce qu'il y avait derrière les murs? Elvie commençait à avoir le tournis. Elle ne s'était jamais vraiment posée ce genre de questions, et voilà qu'un petit livre bizarre la plongeait en pleine réflexion métaphysique. En plus il ne donnait pas de réponse. Tout ça la troublait. La vie était déjà bien assez compliquée comme ça, il n'y avait peut-être pas besoin d'en rajouter, se dit-elle.

Elvie se leva et laissa ses pensées profondes sous l'abribus. Elle entra dans un cinéma et oublia tout ça devant un film un peu nul, mais visiblement distrayant, si l'on en croyait les sourires ravis des spectateurs à la sortie. Elvie, en se dirigeant vers chez elle ne souriait pas. Elle se sentait plutôt confuse. Le titre du film qu'elle venait de voir était « Jusqu'au bout du monde ». Ces mots tournaient dans sa tête. Le film, elle ne s'en souvenait déjà plus. Ca avait été comme une heure quarante d'absence, un trou dans sa journée, et un de plus dans son cerveau. Le bout du monde...Cette expression en disait long sur la pensée des gens, plus long qu'Elvie ne pouvait se l'exprimer. A nouveau, le tournis lui pris. Elle eut même un sacré vertige et du s'asseoir un instant. Après le vertige, c'est un sentiment d'oppression qui s'empara d'elle. Elle manquait d'air, suffoquait presque et eut l'envie urgente de trouver une issue. Mais une issue à quoi? Elle était dehors, libre de ses mouvements. Pas si libre, en fait. Elle était prisonnière de la cave. Enfermée dans la Dense Cité. Au dessus d'elle, elle ne voyait maintenant plus de ciel, mais un plafond, bas et sombre, un plafond en béton armé. Et tout autour les murs épais. Le monde ne lui paraissait plus du tout si grand. C'était bien une petite cave, sans fenêtre, à vous rendre claustrophobe. Elvie voulait tambouriner à la porte, mais où était la porte? Où était la clé? Et qu'est-ce qu'elle trouverait au delà de la cave? Toujours les mêmes questions qui tournaient en rond, ou plutôt en carré, rebondissant contre les parois blindées.

Puis il y eut une lumière. Pas autour, pas au dessus, non, à l'intérieur. Quelque part dans le corps d'Elvie. Elle eut alors la sensation que sa tête enflait, enflait. Mais sa tête n'avait pas grossi. Son esprit, plutôt, se sentait pousser des ailes, et elle vit les murs disparaître, la cave s'éclaircir, et le plafond s'envoler au loin. L'impression d'enfermement s'estompa. Elvie regarda ce qui l'entourait, les bancs, les voitures, les immeubles, toujours là, au même endroit, rien n'avait bougé, et pourtant tout avait changé. Soudain toutes ces choses semblaient n'être que des objets posés là, sans grande importance, comme un fouillis de jouets usés dans une chambre d'enfant désordonnée. Elvie maintenant percevait autre chose, des choses qu'elle ne voyait pas mais qui lui semblaient bien réelles. Des présences par milliers, dans le ciel comme à ses côtés, partout des vies vibraient ça et là, jusqu'à l'infini. Le monde était grand, très grand. Impossible d'aller jusqu'au bout du monde, car le monde n'a pas de bout. Ceux qui avaient cru aller au bout du monde n'avaient pas assez d'yeux pour se rendre compte qu'ils n'avaient encore rien vu, et que même ce monde qu'ils avaient cru parcourir, ils n'avaient fait qu'à peine le survoler, sans rien soupçonner de tout ce qu'ils n'avaient pas perçu.

L'immensité, c'est ce qu'Elvie à présent ressentait.

 

Chapitre IV: Un voile s'efface, un autre un autre se dresse

Voici l'histoire, la très ancienne histoire, de l'homme sans mémoire.

 

La sonnerie du téléphone fit sursauter Elvie. Elle s'était dépêchée de rentrer chez elle pour retrouver son livre. Ce livre était magique, sûrement, et créait en elle des choses si bizarres et si belles qu'elle savait maintenant qu'elle le lirait avidement, ardemment, sans en perdre le moindre mot. Elle n'avait même pas envie de répondre au téléphone, mais s'y résolut pour avoir ensuite la paix et se replonger dans ses lignes.

 

  • C'est papa...Ca va?

  • Oui oui, qu'est-ce que tu veux?

  • Oh, juste avoir des nouvelles. Tout va bien pour toi?

  • Oui, je te l'ai dit, ça va.

  • Bon...Très bien...

  • C'est tout?

  • Eh ben quoi, un père peut pas appeler sa fille pour savoir si elle va bien?

  • Si si, disons que ça arrive pas souvent, c'est tout. Enfin voilà, ça va, t'es rassuré?

  • Oui. Ah, et puis je voulais savoir...Ta mère m'a dit que t'avais appelé...Au sujet de mémé Luce...

  • C'est vrai.

  • Et...Qu'est-ce que tu voulais savoir?

  • Ben rien, simplement ce qu'elle devenait, je sais pas, moi, j'y pensais, comme ça.

  • Tu sais bien que ta mère et moi on veut plus en parler. On a tout fait pour oublier ce qui s'est passé, alors pas la peine d'y revenir, ça rappelle trop de mauvais souvenirs.

  • Mais moi je sais même pas ce qui s'est passé!

  • Quelle importance? Toi, ça te concerne pas. Ne le prends pas mal, hein? Mais ça t'intéresserait pas. De toute façon, ça n'a rien à voir avec toi.

  • Ben ça me concerne quand même un peu! J'ai le droit de savoir, je suis assez grande pour comprendre, tu sais!

  • C'est pas le problème. Non, vraiment, ça servirait à rien de remuer toutes ces vieilles histoires.

Conversation terminée. Inutile d'insister.

 

Elvie raccrocha et poursuivit sa lecture.

Il était un homme qui ne savait plus d'où il venait, qui ne savait plus qui il était. Un trou gigantesque avait pris place dans sa mémoire, et il en était venu à croire qu'il avait atterri un jour, tel qu'il était, sans passé, dans la petite maison qu'il habitait. Il vaquait tout le jour durant à des activités sans intérêt, puisqu'il ne savait pas, ne se souvenait pas pourquoi il était là. Devait-il semer des graines? Devait-il apprendre la musique? Devait-il attendre tout simplement? A quoi servait sa vie? Aucune réponse à ses questions, puisque son passé semblait s'être effacé à jamais.

Alors un jour, lassé de brasser de l'air, l'homme se mit en colère. Il hurla vers le ciel qu'on lui rende sa mémoire, qu'on lui rappelle qui il était. Il hurla si fort qu'une bourrasque de vent se leva soudain et secoua les arbres en tous sens. Puis plus rien. Et dans sa tête, se fit le silence. Dans ce silence, peu à peu une voix s'éleva. « Allume deux bougies, dit-elle. L'une est celle de vie, l'autre est celle de ce que tu es ici et maintenant. » L'homme obéit et alluma les deux bougies. « Eteints celle de vie, repris la voix, et voilà que tu es encore lumière, lumière à moitié mais lumière toujours. A présent rallume la bougie de vie. » Et l'homme s'exécuta. « Regarde bien la flamme, tu ne peux pas la toucher pourtant elle vit. Elle est. Et d'où vient cette flamme? De nulle part, dirait-on. Mais elle vient de ton désir d'allumer cette bougie pour connaître la réalité. C'est un phénomène physique, produit par la volonté de voir la vérité. Tu es la bougie de vie, tu es une étincelle de vie, créée pour connaître le monde. Un jour tu as su tout cela, tu as su pourquoi tu étais là, mais tu ne t'es soucié que de bouger, de dormir, de manger, et tu as tout oublié. Tu as même oublié cette voix en toi. Il te suffisait de demander et tout te serait dit. Aujourd'hui, maintenant et ici, cesse ton amnésie.

 

Elvie relut le chapitre. Plusieurs fois. Elle tourna la page pour voir s'il n'y avait pas de suite, mais non, rien d'autre. Le chapitre s'arrêtait là. Alors elle se termine comme ça, cette histoire? Se dit-elle. D'accord, le type retrouve la mémoire, mais on ne sait rien de plus sur lui, finalement. D'où il vient? Qu'est-ce qu'il fait là? Déçue, elle referma le livre. Irritée, même. Elle avait eut la sensation qu'une vérité importante allait lui être donnée, et puis rien. A elle de se débrouiller, en quelque sorte. Mais ces questions la dépassaient de bien loin. Elle resta un moment allongée sur son lit, les yeux dans le vague, puis attrapa un magazine qui traînait là et se mit à le feuilleter, s'arrêtant surtout sur les publicités où l'on voyait de belles femmes aux jambes démesurées, se faisant dégouliner du parfum dans le cou ou ouvrant négligemment leur portable, rayonnantes de bonheur. Elles devaient toutes avoir un merveilleux amoureux, pour sourire comme ça. Sans doute le garçon en slip de la page cinquante quatre, aux muscles luisants comme du plastic. Lui aussi avait l'air tout content dans son slip. Content de quoi? Content d'être à moitié nu sur une page de magazine? Tous ces sourires étaient figés. Tout ça sonnait faux. La belle fille lascive avec son parfum avait probablement passé des heures à cuire sous les éclairages pour que le photographe puisse prendre sa photo, et n'était sûrement pas du tout d'humeur érotique. L'autre fille avec son portable n'avait peut-être pas d'amoureux, pas d'ami non plus à appeler et souriait à un téléphone qui sonnait dans le vide. Et le garçon en caleçon, sous son regard ravi, devait surtout prier pour que sa grand-mère ne tombe jamais sur cette photo. Elvie leva les yeux du magazine. Oui, tout sonnait faux. Pas seulement ces publicités. Elle se sentit soudain comme si elle aussi avait été parachutée dans un décor, le décor d'une immense pièce de théâtre. Un monde en carton pâte, où tous s'affairaient à jouer leur rôle. Elle se redressa et regarda par la fenêtre. Des gens couraient pour attraper un bus, d'autres rentraient, las, de leur travail. Un SDF tendait la main à la sortie du bureau de tabac. Une pièce de théâtre. Et des acteurs qui avaient oublié qu'ils ne faisaient que réciter leur texte. Des acteurs qui se prenaient pour leur rôle. Encore une fois cette sensation d'enfermement. Un monde enserré dans un déguisement, coincé sur une scène à la dimension d'une planète. Et encore ce besoin d'air.

Elvie ouvrit la porte et dévala les escaliers. Dans la rue, elle regardait autour d'elle avec une sensation d'étrangeté. Et si le rideau se fermait? Et si quelqu'un criait: Coupez! Qu'est-ce qu'il se passerait? Peut-être que tout le monde s'arrêterait, se mettrait à rire, ôterait son déguisement et puis...Et puis quoi?

Il faisait si froid qu'au bout d'un moment, elle du s'arrêter dans un café pour réchauffer ses doigts gelés. Le barman, en lui amenant son chocolat, la regarda avec insistance.

  • Excusez-moi, mais j'ai l'impression de vous avoir déjà vue quelque part.

Elvie observa le grand brun qui se tenait devant elle. Elle aussi partageait cette impression, mais elle ne parvenait pas à se rappeler où elle avait pu le rencontrer. C'était la première fois qu'elle entrait dans ce café, le barman était beaucoup plus vieux qu'elle...Non, elle ne voyait pas.

  • Je ne sais pas, peut-être qu'on s'est croisé dans le quartier.

  • Peut-être, dit l'homme.

Après un instant d'hésitation, il retourna derrière son comptoir.

Elvie jetait de temps à autres des coups d'oeil discrets dans sa direction. Elle n'avait pas seulement l'impression de l'avoir déjà croisé, il lui semblait vraiment le connaître. Cet homme lui était familier, comme un ami, quelqu'un qu'elle aurait très bien connu. Mais si c'était le cas, elle ne l'aurait pas oublié. Et lui non plus.

 

Ce soir-là, en faisant du rangement dans son appartement, Elvie découvrit, au milieu du fouillis de son armoire, un vieux livre de poésie que quelqu'un, elle ne savait plus qui, lui avait offert il y a bien longtemps. Quelqu'un qui ne devait pas connaître ses goûts. La poésie n'était vraiment pas son truc. « Souvenirs d'un autre monde », d'Edgar Hackermann. Le titre l'interpella. Et, plus encore, le portrait sur la couverture. C'était le portrait au crayon d'un homme d'une trentaine d'année, coiffé comme au début du siècle, arborant un sourire chaleureux. Cet Edgar Hackermann lui rappelait quelqu'un. Quelqu'un qu'elle connaissait bien. Pour la deuxième fois de la journée, elle creusa dans sa mémoire à la recherche d'une personne familière, amie, mais dont le souvenir visiblement lui échappait. Comment oublier des gens qui semblaient avoir été si proche d'elle?

Elle ouvrit le livre.

Petite flamme si loin de moi

Ton image en mes yeux jamais ne s'éteint

Des saisons nous séparent et c'est ton choix

Mais moi, je me souviens

...

Elvie sentit une incroyable fatigue l'envahir. Une torpeur étrange jeta une brume épaisse devant ses yeux et elle chancela, avant de s'écrouler sur son lit.

Alors qu'elle commençait à sombrer dans le sommeil, une voix légère s'insinua entre ses pensées désordonnées. « Petite flamme...Petite flamme... » La voix se fit plus forte. « Alors, petite flamme, tu ne m'a pas complètement oublié, on dirait! Tu n'as pas oublié ton Edgar. Moi je ne t'oublie pas. Je suis là, à chaque instant, tout près de toi. »

Elvie s'endormit profondément.

 

Au matin, la neige avait fondu. En une nuit, l'épais manteau blanc avait complètement disparu. Ne restaient pas même quelques flocons sur les voitures, quelques amas de neige dans les caniveaux. Le ciel s'était dégagé, l'air était doux. On aurait dit un matin de printemps.

Le regard d'Elvie se posa sur le recueil de poèmes. Salut, Edgar, murmura-t-elle, en plongeant ses yeux dans ceux du portrait. Edgar. Il lui semblait avoir prononcé ce nom des milliers de fois. Le visage au crayon lui souriait, et Elvie avait maintenant le souvenir de cet homme sur le bout de la langue. Plus très loin, presque là, pas encore tout à fait.

En versant du café dans sa tasse, elle fit un faux mouvement et en renversa la moitié sur la table. Son bras était plus léger que d'ordinaire, ce qui l'avait troublée et fait presque sursauter. Elvie se leva. Tout son corps était léger. Bien posé au sol, mais comme aéré, traversé par une brise tiède qui lui donnait l'impression de flotter. Elle se regarda dans la glace. Rien ne laissait supposer ce changement. Toujours ce même corps de chair, ces joues roses, peut-être le visage un peu plus apaisé, mais rien d'inhabituel.

Elvie ne savait pas trop quoi penser de tout ça. Elle ne voulait même pas y penser, d'ailleurs. Il se passait en elle beaucoup de choses étranges ces derniers temps, et ces choses n'avaient rien de désagréable. Peut-être fallait il seulement s'y abandonner, laisser faire, sans réfléchir au pourquoi ni au comment. Même son coeur, ce matin là, était léger. Pas envie de s'effrayer. Juste laisser aller. Ce qu'il fallait faire, par contre, elle en était sûre, c'était finir ce petit livre à la couverture de carton. Il avait commencé à faire germer quelque chose en elle, et la plante devait éclore.

Chapitre V : Le voile s'estompe

Voici l'histoire, la rumeur qui maintenant gronde, de l'autre monde.

Il était un monde, caché de l'autre côté. Un monde chatoyant, empli de vie, mais un monde que les hommes, perdus dans leurs inutiles activités, ne voyaient plus. Ce monde vibrait derrière le voile, frappait parfois au volet, ce monde parlait aux hommes en leur chuchotant des mots de paix, des paroles pour ouvrir leurs coeurs fermés, des paroles que pourtant nul n'entendait.

Un jour, une jeune fille au coeur lourd, vint à ouvrir un livre, un petit livre échappé du monde de l'Autre Côté. Ce livre avait été posé là, des mains de l'invisible, pour ouvrir les yeux aveugles des hommes. La jeune fille lut, et, petit à petit, elle vit. Elle vit son monde, elle vit les hommes, et une lueur en elle se fit. Le voile devint plus mince, la rumeur de monde oublié, de loin, lui parvint, et enfin, vraiment, elle vit.

 

Tout tournait à présent. L'appartement était comme pris de vertige, le lit se prenait pour une toupie. Elvie poursuivit.

 

Chapitre VI : Le voile s'efface

Voici l'histoire, ici et maintenant, du monde qui t'attend.

 

FIN

 

Elvie ferma le livre. Elle leva les yeux. Regarda autour d'elle. Une drôle de lumière baignait la pièce. Un grand silence était tombé, calmement au dessus d’elle. Puis des formes, comme sorties de la lumière, apparurent. Des silhouettes. « Mémé Luce! » cria Elvie, reconnaissant sa grand-mère. La vieille dame se tenait devant Elvie et lui sourit. « Je suis là, ma chérie. Depuis mon départ, je suis toujours là, je te vois. » Et sans même la toucher, mémé Luce enlaça sa petite fille de tendresse et d'amour. Une autre silhouette s'approcha. « Moi aussi je suis là, depuis toujours auprès de toi. » Elvie le reconnut au premier regard. Clément. Elle l'avait rêvé tant de fois. Des rêves qu'elle avait oubliés, mais qui à présent lui revenaient. Que de temps passé dans la chaleur de son amitié! Il la guidait, la conseillait, chuchotait à chaque instant à son oreille sans qu'elle en ait conscience. Aujourd'hui elle savait. Elle avait toujours su mais aujourd'hui tout était clair. Depuis des millénaires, Clément lui offrait son invisible présence. Tout comme Edgar, qui, dans son habit démodé, la couvait du regard. Ensemble, ils avaient traversés tant d'époques, tant de vies, toujours unis. Dans le monde invisible comme dans celui-ci, ils ne s'étaient jamais quittés. Elvie se souvenait.

« Viens, dit Edgar, viens, suis nous. »

 

Dehors, la population semblait avoir quadruplé. Plus encore. Des milliers de gens se croisaient sans se toucher. Au va-et-vient ordinaire des passants dans la rue, se mêlait une foule grouillante composée de gens vêtus d’habits de toutes les époques, même des plus lointaines. Certains portaient des tenues plus étranges encore, faites d’une matière scintillante qu’Elvie ne connaissait pas. Des êtres au corps un peu vaporeux semblaient glisser sur le sol. Parmi eux, un groupe de moines en longues robes de bure s’affairaient dans une brume blanchâtre autour de l’église, marmonnant dans un langage moyenâgeux, tandis que quelques hippies aux visages blêmes, assis sur le trottoir, chantaient en tapant des mains des chansons de Bob Dylan. La vieille patronne du café qui faisait l’angle de la rue, morte depuis plusieurs années, contemplait la vitrine du restaurant qui remplaçait maintenant son commerce. Personne ne semblait s’étonner de la situation. La vendeuse du kiosque à journaux vendait ses journaux, indifférente aux deux personnages à l’aura lumineuse, penchés sur son étalage. Le bande d’adolescents groupés à l’arrêt de bus ne souciait pas plus du petit homme en toge blanche et au visage bleuté qui se tenait, l’air paisible, juste à côté. En levant les yeux, Elvie aperçut des silhouettes de lumière qui voletaient un peu partout autour des immeubles, apparemment invisibles aux yeux des quelques personnes accoudées à leur balcon. Le spectacle était incroyable. Elvie se tourna vers Edgar, et, sans qu’elle ait formulé aucune question, il dit : «  Eh bien oui, Elvie. Voilà la réalité. Cela fait trente ans maintenant que le livre des aveugles aux yeux clairs se trouve dans différentes bibliothèques disséminées à travers le monde. Et depuis trente ans, personne ne l’a ouvert. A part toi. Nous sommes fiers, Elvie. Tu n’es plus aveugle, à présent. Tes yeux sont clairs. Te voici dans la lumière. »

 

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Dernière mise à jour de cette page le 13/06/2008

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