Mon violon est dingue, mon violon est dément
Il s’échappe de sa bouche des sons délirants
Des bruits de chasse d’eau, des rugissements de lions
Voilà que mon violon a perdu la raison
Qui hurle tout le temps des chansons de Céline Dion
Mon violon souvent en devient violent
Et la nuit, dans son étui, il a des hallucinations
Il me voit, dans le froid, dansant nue sur mon balcon.
Mon violon est dingue, il me prend pour sa maman
Je lui change ses langes, et en landau le dimanche
Je le promène sous le regard effaré des passants
Qui pensent à raison qu’un violon n’est pas un nourrisson
Hier il m’a dit : voilà, je suis un cerf-volant
Puis il a ouvert la fenêtre et a pris son élan
Quand j’ai bondi en hurlant pour rattraper mon instrument
Il m’a vu, dans la rue, chantant à tue-tête des chansons.
J’ai dû faire avaler à mon violon des calmants
Il voulait que je vole des culottes par paquets de cent
Quand la vendeuse m’a dit qu’elle pourrait me faire mettre en prison
J’ai promis que mon violon se contenterait de ses vieux caleçons
J’ai décidé enfin de l’emmener voir un médecin
Un de ceux qui soignent les gens qui se prennent pour des martiens
Ce charlatan m’a dit : votre violon est bien portant
Possible que le problème ne vienne pas de votre instrument…
J’ai saisi, sans souci, cette stupide allusion
Certains psy sont si cons, qu’ils salissent la profession.
Depuis que mon violon a une araignée au plafond
Je suis quand même bien obligée de me poser des questions
Serais-je responsable de son comportement ?
Je l’ai pourtant élevé comme mon propre enfant
Mais je vois depuis un moment vos petits sourires en coin
Vous me regardez comme si c’était moi qui avais un grain
Ca se voit que vous n’avez pas vu mon violon chaque matin
Prendre son petit déjeuner déguisé en sac à sapin
Vous pouvez, je le sais, me faire cette objection
Qu’un violon n’a pas d’âme et ne peut pas perdre la raison
C’est vrai, c’est vrai, et là qu’est-ce que je réponds ?
C’est comme ça, on ne me croit jamais de toute façon
Et voilà, encore une fois, c’est moi qu’on remet en question
Tout ça parce que je suis quelque peu sujette à la dépression
Allez viens, Sébastien, on rentre à la maison
Eh ben oui, mon violon, comme tout le monde a un prénom
Les gens, vraiment, n’ont aucun sens de la dérision.
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