musique de nuit

 

Musique de nuit

 

La nuit a un rythme étrange et inconnu,

Parfois lent comme une marche triste dans les bois,

Parfois dansant, frénétique, sans retenue,

Souvent troublant, comme une valse sans émoi.

 

Lorsque le soir s’allonge sur ma chambre tiède,

C’est un vague violoncelle qui murmure doucement,

Grave, tremblant, et son lent grincement cède

Peu à peu la place au bruit du vent.

 

Voilà le doux silence qui me berce enfin,

Le calme s’installe et mes pensées se taisent,

Pourtant soudain, comme venu de loin

Monte un lancinant refrain brisé de croches et de dièses.

 

Ce petit air agaçant, comme une comptine sans fin

S’insinue bientôt partout, dans mes draps, dans mes habits,

Il enfle et se fait se plus en plus certain

Pour résonner ainsi aussi fort qu’une symphonie.

 

La nuit alors s’écroule dans un roulement de tambour,

Des vagues de trompettes s’écrasent de tous côtés,

Un trombone s’époumone à en devenir sourd,

Moi je ne peux qu’étouffer le bruit sous mon oreiller.

 

La nuit tangue, je ferme les yeux,

Ma tête sous les plumes, j’attends,

Le vacarme s’éloigne peu à peu,

Revoilà le souffle du vent.

 

Mais mon horloge toujours s’insurge contre le silence,

Et son tic-tac se calque sur les battements de mon cœur,

Leurs petits rythmes secs m’offrent la cadence,

Et me voilà dansant avec le fil des heures.

 

Une flûte chantonne au-dessus de mon lit,

Un orgue bourdonne comme une petite abeille,

Je me laisse porter par leur fine mélodie,

Peut-être m’emmènera-t-elle enfin jusqu’au sommeil.

 

 

 

C’est alors que, venant de mon armoire,

Un air grave et vibrant tout à coup me surprend,

On dirait une voix, froide comme un corbillard,

Un chant de l’ancien temps, écrit par un dément.

 

Je me cache sous les draps pour faire taire la chanson,

Qu’accompagnent tristement les craquements du bois,

Il gèle dans ma chambre et je supplie les violons

De jouer plus fort et de couvrir la voix.

 

Mais personne ne répond, tout est comme figé,

Et lentement le chant se fait pâle et lointain,

Les bruits s’évaporent, le calme enfin se fait,

C’est dans un grand silence qu’arrive le matin.

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Dernière mise à jour de cette page le 10/07/2008

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